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Rapport · 2014

Jules Ferry 3.0

Bâtir une école créative et juste dans un monde numérique

Année
2014-10-03
Type
Rapport
Cadre
Conseil national du numérique
Volume
119 pages · 40 recommandations · 8 axes
Membre pilote
Sophie Pène
Président
Benoît Thieulin
Rapporteurs
Somalina Pa
Groupe de travail
Serge Abiteboul, Christine Balagué, Ludovic Blecher, Michel Briand, Cyril Garcia
et 8 autres
  • Francis Jutand
  • Daniel Kaplan
  • Pascale Luciani-Boyer
  • Valérie Peugeot
  • Nathalie Pujo
  • Bernard Stiegler
  • Brigitte Vallée
  • Yann Bonnet
Licence
CC BY-SA 3.0 FR — Conseil national du numérique

Rapport du Conseil national du numérique sur le numérique éducatif, proposant l'enseignement de l'informatique comme discipline pour tous et une refonte de la formation des enseignants.

Publié le 3 octobre 2014 au terme de dix mois de travaux et de plus de cent auditions, dans le sillage des travaux du Conseil sur l’inclusion numérique. Le rapport paraît quelques semaines après l’annonce présidentielle d’un « grand plan numérique pour l’école » : il a été lu, et parfois instrumentalisé, comme une contribution à ce plan. Sa réception parlementaire est inhabituelle pour un rapport d’organisme consultatif : au moins six questions écrites de députés le citent nommément dans les semaines qui suivent.

Ce qui a abouti, et à quel prix. La recommandation centrale a été suivie : l’informatique est devenue un enseignement scolaire à part entière, par les sciences numériques et technologie en seconde puis par la spécialité numérique et sciences informatiques, introduites à la rentrée 2019. Mais l’écart avec l’intention est net. Le rapport demandait la généralisation de l’informatique à toutes les filières ; l’option ISN existait déjà depuis 2012, cantonnée à la série S. La réforme a produit une spécialité de plus, choisie par des élèves déjà orientés vers les sciences, là où le rapport visait une culture numérique générale et critique pour tous. L’option confidentielle est devenue une filière d’excellence, pas un socle commun.

La formation des enseignants : l’instrument obtenu, l’échelle manquée. C’était le point de blocage que le rapport avait correctement identifié, et il n’a pas été ignoré : un CAPES numérique et sciences informatiques a été ouvert dès la session 2020, une agrégation d’informatique à partir de 2022, et une formation continue diplômante proposée aux professeurs volontaires, pour l’essentiel des professeurs de mathématiques. Mais les volumes sont restés hors d’échelle avec l’ambition affichée : trente places au CAPES en 2020, cinquante en 2022, cinquante au CAPES et vingt-deux à l’agrégation en 2023. Fin 2022, deux lycées sur trois seulement proposaient la spécialité. La Société informatique de France calculait qu’au rythme constaté, la couverture complète des lycées serait atteinte vers 2037. Obtenir le dispositif sans obtenir le nombre, c’est perdre en douze ans ce qu’on croyait avoir gagné en cinq.

Ce qui a le plus mal vieilli. Les attendus. Le texte de 2014 partageait l’optimisme de son temps sur les effets de l’équipement numérique en classe. Les travaux conduits depuis n’ont pas confirmé ce lien, et plusieurs pays ont restreint l’usage des écrans en milieu scolaire. Le rapport avait sans doute raison de vouloir enseigner l’informatique et tort de croire que l’équipement transformerait la pédagogie. La comparaison qui structurait le raisonnement (l’Angleterre intégrant l’informatique au curriculum scientifique en 2013, à la suite du rapport Shut down or restart de la Royal Society) portait sur la discipline, pas sur les machines. C’est la moitié du message qui a été entendue.